La légende de Tsamba et Magotsi

Bi’Sira Mbuluani !

Vous le savez certainement, j’ai été récemment au Sénégal… Et vous savez quoi ? Comme beaucoup de gens, j’ai mangé un bon thieboudinagh (pardonnez-moi si l’orthographe est incorrecte), mais surtout j’ai visité des endroits que je n’oublierai certainement jamais. A commencer par le Monument de la renaissance africaine, un monument haut de 52 mètres, qui a fière allure et représente une femme aux côté d’un homme qui porte sur son épaule leur enfant. Les sénégalais l’appellent “LE MONUMENT”, c’est l’un des Must-see de Dakar et il m’a drôlement fait penser à un conte culte du peuple Ghisir qui relate l’histoire de Tsamba et Magotsi
Oui je sais. Je suis au Sénégal, à des milliers de kilomètres de Fugamu et pourtant, je n’ai pas pu m’empêcher de faire un lien avec cette ville… Mais bon, je suis comme ça, je regarde tout ce qui se présente devant moi avec les yeux de @LaGhisir que je suis [rires].

Bref !

Beaucoup parmi vous ont entendu parler de TSAMBA et MAGOTSI, le groupe de chant, ou les fleuves qui se rencontrent en les chutes FUGUMA ou encore le Département de la province de la NGOUNIE dont le chef-lieu est FOUGAMOU. Mais très peu connaissent l’histoire originelle cachée derrière ces noms.

Je devais avoir huit ans quand maman m’en a parlé la première fois, j’ai toujours voulu en savoir plus, répondre à toutes les questions dont elle n’avait pas forcément les réponses.

Qui étaient TSAMBA et MAGOTSI ? Pourquoi leurs noms sont aussi présents dans le cœur des habitants du pays Ghisir ? A quoi ressemblaient-ils ?

Plusieurs histoires ont été contées pour expliquer le mythe :

Des esclaves immolés en sacrifice pour réparer une offense à un être appelé FUGUMA ;

Des jumeaux incestueux, condamnés à la forge éternelle ;

Un couple perdu en forêt que les Ghisir auraient aidé, reconnaissant et devenu leur bienfaiteur ;

Des esprits occupant le Pays Ghisir avant même la création du monde…

Tellement d’hypothèses, peut-être toutes fondées, mais une seule semble avoir fait l’unanimité.

Les noms de TSAMBA et MAGOTSI seraient ceux d’un couple de génies de la forêt (en Ghisir BEGHISI), un homme et une femme, dont voici la légende recueillie auprès de plusieurs anciens de la communauté.

Dans les temps anciens, les habitants du pays GHISIRA avaient coutume de se rendre à la cataracte pour déposer sur la rive du bois, du charbon et de vieux métaux, puis repartaient au village sans se retourner.

La légende dit que chaque nuit, jusqu’aux premières lueurs du jour, des bruits de forge se faisaient entendre de l’autre rive.

Le lendemain, les villageois revenaient sur la rive et trouvaient des armes et des outils neufs attendant selon les souhaits qu’ils avaient formulés la veille. Ce fut ainsi pendant des siècles… Le couple forgeait pour les Ghisir sans rien leur demander en échange que le respect de leur intimité. L’interdiction de traverser le fleuve ou de rester après avoir déposé les outils était formelle.

Déposer le vieux, récupérer le neuf, respecter les limites que la nature elle-même avait imposé aux hommes, être reconnaissant. Voilà ce que TSAMBA et MAGOTSI attendaient des Ghisir.

Seulement, l’Homme est cupide, curieux, avide de pouvoir. C’est pour ça qu’un jour, un homme et son fils venus effectuer le rituel, eurent l’impertinente curiosité de rester là pour observer les génies dans leur tâche.

  • Cachons-nous, dit le père, cachons-nous pour voir à quoi ressemblent ce qui nous font tant de bien.
  • Mais c’est interdit père, lui répondit son fils.
  • Personne n’en saura rien.
  • Si le chef l’apprend, ou qu’un membre du conseil des ancien venait à le savoir, nous nous ferions bannir, ou pire…
  • Tuer ??? s’écria le plus âgé, interrompant ainsi son enfant dans son propos. Je suis conscient de cela, poursuivit-il, je suis moi-même membre du conseil, mais je veux pouvoir voir qui sont nos bienfaiteurs. Et toi, tu n’as pas intérêt à le raconter à qui que ce soit.
  • Mais père !
  • La décision t’appartient, sois un homme, fils. Tu es libre de rester ou de partir, mais qu’importe ta décision, je te préviens, pas un seul mot. Cachons-nous fils, découvre avec moi à quoi ils ressemblent, qui ils sont et dès qu’ils repartiront avec le matériel, nous nous en irons.

Les deux hommes se cachèrent, le père dans le creux d’un arbre, et son fils derrière les branches d’un autre arbre.

La nuit venue, Les Esprits vinrent sur la rive récolter les présents déposés toute la journée. Alors qu’ils s’apprêtaient à repartir sur leur rive pour s’atteler à la forge, MAGOTSI se sentie observée.

  • TSAMBA, fit-elle à son compagnon.
  • Qu’y a-t-il femme ? lui répondit–il.
  • Je sens une odeur d’Homme… Une odeur et des yeux posés d’Homme sur moi.
  • N’est-ce pas normal que tu sentes cela ? Ces outils n’ont–ils pas été maniés et portés jusqu’ici par des mains d’Hommes ?
  • Si, mais…
  • Mais rien, le village des hommes n’est pas loin d’ici, ils sont si nombreux qu’il est bien normal que leur parfum arrive jusqu’à toi. Reprenons.

Ils reprirent leur collecte… Mais MAGOTSI s’interrompit à nouveau, répétant les mêmes paroles. TSAMBA, intrigué, regarda alors autour de lui et découvrit les deux individus dissimulés, scrutant chacun de leurs gestes. A cette vue, TSAMBA, rugit de colère, il hurla des paroles inaudibles à l’oreille humaine.

La légende dit que son cri retentit bien au-delà des frontières du pays Ghisir fort et ressemblait à un grognement qui, accompagné d’un vent violent, fit trembler la terre et assécha les arbres de la forêt qui les abritait.

Pour punir ces téméraires, TSAMBA les changea en pierre. Il maudit les lieux et fit tomber du ciel une colonie d’énormes chenilles qui, selon les villageois, ornent encore cette forêt, répugnant quiconque tente de s’y introduire. Il en va de même pour les deux hommes statufiés.

De par le tremblement de terre et la forêt asséchée, les Ghisirs comprirent que quelqu’un avait brisé l’engagement. Après plusieurs jours de concertation avec les hommes et la forêt (qui révéla aux villageois l’échange entre le père et le fils), le conseil des anciens constata la disparition d’un des membres du conseil et son fils dont ils bannirent la famille.

Pris de peur, ils organisèrent des alors des cultes durant lesquels ils offraient des sacrifices aux génies mais en vain. C’est cette partie de l’histoire qui semble avoir donné vie au mythe selon lequel TSAMBA et MAGOTSI seraient des esclaves immolés en sacrifice pour réparer un tort. Cependant, les anciens restent fermes sur le fait que TSAMBA et MAGOTSI étaient les Esprits pour qui ils ont immolé des esclaves et non des esclaves immolés.

En somme, après cette nuit, plus aucune arme, plus aucun outil ne fut forgé ou réparé. Pendant des décennies, les Ghisirs ont continué de déposer des affaires sur le côté du fleuve. Cependant, plus aucun bruit de forge ne se fit entendre.

C’est la perte de ce qu’ils avaient de plus précieux qui les fit réaliser à quel point ils y tenaient. C’est pourquoi, les Ghisirs se content encore cette histoire, de génération en génération, dans l’espoir de voir revenir ce dont leur cupidité les a privés.

Voilà, ainsi s’achève ce voyage #AuPaysGhisir. J’espère qu’il vous a autant plu qu’à moi.

Ka Ghiélu ghi boty.

Illustrations :

  • Monument de la Renaissance Africaine, Dakar, Sénégal.
  • Statue de bronze “Homme abreuvant sa bien-aimée”
  • Représentations en pierre de Mbigou “Angelina et Philippe” (Tante et Oncle de @Laghisir) [Rires]

Crédit photo : @LaGhisir