KARI NA FUDU : Le Singe et la Tortue (conte gabonais)

Bi’Sira Mbuluani !

Pour ce voyage Au Pays Ghisir, laissez-moi vous conter l’histoire de KARI NA FUDU, deux amis dont l’un s’apprêtait à donner une leçon de vie plus que nécessaire à l’autre.

Commençons.

KARI NA FUDU (SINGE et TORTUE) étaient amis. Depuis leur jeune âge, ils se rendaient continuellement des services, s’empruntaient des babioles, s’offraient à manger et se défendaient mutuellement quand c’était nécessaire.

Persuadé d’être le plus rusé des deux, SINGE se permettait de faire des coups en douce à TORTUE, trop patiente pour les lui rendre.

Un jour, alors que SINGE était pris dans un piège, FUDU qui se promenait entendit des pleurs qui ressemblaient étrangement à ceux de KARI, son ami.  “OYA NA OYA NA OYA OOO“, c’était bien la voix de KARI dont les cris envahissaient la forêt.

FUDU (la tortue) hâta alors le pas en direction du malheureux qu’il trouva le pied pris dans un piège d’homme.

  • « AGHIE MOYE ? » Dit TORTUE à SINGE ;
  • « A KAKA, BIGUYA NZI KEBANGA O » lui répondit Singe… Je cherchais de la nourriture quand je me suis pris le pied dans ce piège.
  • U YA PUPA O, lui répondit FUDU, ne bouge pas, je vais t’aider.

Tortue usa de son intelligence pour bidouiller le piège et « NGU NGU NGU », Singe était libre.

Heureux d’avoir été sauvé par son ami, Singe l’invita à dîner pour lui exprimer sa gratitude.

  • RUGHA SU GUYA MUGHESA GHU NDAGHU O, lui dit-il le visage gai.
  • AWO o, NI RUGHA o. Sur ces mots, les deux amis se quittèrent.

Le lendemain, FUDU se rendit chez son ami. A son arrivée, KARI et elle s’embrassèrent. Singe ne manqua pas de remercier son amie, une fois encore.

Or, ce dernier avait préparé des mets fort appétissants, dont les fumets parvenaient aisément aux narines de TORTUE. Mais le drôle les avait fait porter au haut d’un arbre. Il dit donc à Tortue : « Ami, monte, le dîner est prêt. »

Tortue essaya de grimper mais peine inutile. Elle y perdait des ongles les uns après les autres, et des dents aussi rapidement que les ongles. N’en pouvant plus, elle dit à Singe :

  • « Ami, il m’est impossible de monter si haut. »
  • « Essaie encore, lui dit Singe, essaie, tu y arriveras »

Tortue essaya de nouveau mais toujours en vain. De guerre lasse, elle sortit un “NYA KIBU O MOYE !” exaspérée. Elle tourna alors les talons sur un “Au revoir mon ami ! Je m’en retourne chez moi. Toi aussi, viens me voir demain, nous dînerons ensemble.

Le lendemain, à l’heure du dîner, KARI se mit en route pour rendre visite à FUDU. A son arrivée, celle-ci l’embrassa, lui fit apporter un siège, puis ils se dirent bonjour et prirent respectivement MISAMU TSI MBATSI (les nouvelles l’un de l’autre). Ensuite, Tortue fit apporter de l’eau à Singe, « RUNGA MAKAKA MAGHU MOYE (lave-toi les mains très cher), après quoi, nous irons manger ».

Heureux de savoir qu’il allait bientôt manger, Singe félicita son amie “TSULU TSI BIRUYA BINA SA RUGHA KWANGNA RU MBURA YAMI” (L’odeur du repas m’est parvenue jusque chez moi). Il n’en avait nul doute, TORTUE était très bonne cuisinière, il allait donc se régaler. Il prit alors de l’eau pour se laver les mains, mains elles restaient noires. FUDU lui dit donc “BONGA BUTAMBA (prends du sable), frotte-toi fort et tu verras que tes mains seront bientôt blanches“.

KARI se frotta les mains de toutes ses forces, encore et encore. Il les rinçait, puis reprenait du sable, frottait encore, et rinçait de nouveau, mais sans succès… Voyant qu’il perdait son temps et que ses mains saignaient, il dit d’un air triste à TORTUE :

FUDU o ! Je te remercie pour ton invitation. Seulement, il m’est impossible de me blanchir les mains pour me mettre à table. Et vu comment je saigne maintenant, je ne pense pas que je serais capable de tenir les aliments. Au revoir!

Au revoir, répondit TORTUE, et surtout, pas de rancune ! Je t’ai rendu aujourd’hui ce que tu m’as fait hier…”

SINGE s’en alla et plus jamais il ne joua de tour à TORTUE.

Voilà.

Ainsi s’achève notre voyage Au pays Ghisir de ce soir.

Ceci n’est qu’un conte mais que d’un bout à l’autre du PAYS GHISIR, les gens retiennent que DUSAVU DWAMI DU ENDA KODU FU ENDA BANDA ! GHIKOKODO, KODO. (Il y’a toujours plus rusé que soi ! A malin, malin et demi).

GHU YABA :

  • KARI et SINGE sont le même caractère, les appellations diffèrent selon qu’elles soient en Français ou en Ghisir parce qu’étant simplement la traduction l’une de l’autre. Il en est de même pour FUDU et TORTUE.

GHIELU GHI BOTY.

Source : Les contes Ghisir, Raponda WALKER, (Adaptation: @LaGhisir)

Images : Banques d’images, Google Images.

Crédit Photo : @LaGhisir, Zoo de HANN, DAKAR 2019.