GHIBINDA, LA GESTION DES CÉRÉMONIES FUNÉRAIRES CHEZ LES GHISIR

Bi’Sira Mbuluani !

J’espère que vous allez bien. Je suis consciente que je n’ai pas été très présente ces derniers temps, mais je vous promets que ce n’a pas été facile pour moi ces derniers mois… J’ai dû relever de nouveaux défis au niveau professionnel (déménagement et réaménagement) et avec vous en préparant notamment le jeu concours pour célébrer nos 150 Premiers abonnés.

Je pense, d’ailleurs, qu’il est important de rappeler qu’à ce jour la communauté de l’anneau @LaGhisir compte désormais +200 personnes sur Instagram et +250 sur Facebook… BILOLUOOOOOO !!!

Je sais que je vous avais promis pour cette semaine un live portant sur la généalogie et l’attribution du nom chez les Ghisir, mais n’ayant pas réellement eu le temps de le préparer, je préfère le reporter pour être sûre que le jour où il aura lieu, vous en soyez satisfaits. Pour l’heure, parlons d’autre chose.

Ceux qui me connaissent personnellement le savent déjà, je traverse présentement une période de deuil, et vous savez comment je suis, je profite de tout pour enrichir mes connaissances sur notre Ethnie. De ce fait, j’ai posé des questions ici et là et grâce aux réponses que j’ai obtenues, je vous propose de voyager avec moi #AuPaysGhisir et de découvrir ensemble LA GESTION DES CÉRÉMONIES FUNÉRAIRES (OBSÈQUES) CHEZ LES GHISIR.

Commençons.  

Généralités

Bon à savoir ; les Ghisir sont un peuple Matriarcat, c’est à dire que l’éducation de l’enfant est faite par la famille de sa mère, notamment par les frères de cette dernière ; ceci dû au fait que “On ne pourra jamais remettre en question la maternité d’un enfant, quand sa paternité ne serait pas sûre.” Mais nous en reparlerons.

Je tenais à le préciser parce que bien que Matriarcat, il faut savoir que GHUMBU BISIRA (chez les Ghisir), c’est à GHITAYA, la famille paternelle du défunt, que revient la charge des obsèques. Encore faut-il que :

  • Les deux parents soient mariés ;
  • Le père ait fait le rituel (cérémonie) de reconnaissance de l’enfant appelé GHIKUMBU NA TSANGU, au cas où ils ne le seraient pas ou plus.

Si cette cérémonie n’a pas eu lieu du vivant de l’enfant et que GHIFUMBA veut se charger de son enterrement, elle le peut. Mais il revient au médiateur de rappeler que « TAYA GHA TSIGHA MWANA-HANDI » (C’est le père qui enterre son enfant). A partir de là, GHITAYA, le père, assume sa paternité en offrant à la famille maternelle des présents tels que des pagnes, de la boisson, de l’argent, des coqs, des moutons, des régimes de bananes et d’autres.

Cela doit se faire avant GHU TSIGHA (d’enterrer), de sortes à conférer au père, les droits de la gestion de ladite cérémonie funéraire.

Les funérailles ou encore obsèques chez les Ghisir se déroulent en 3 grandes étapes : Les pourparlers, DUSAVU et DIBOGHA.

ETAPE 1 : Les pourparlers

La première chose à faire en cas de décès chez les Ghisir est d’annoncer la nouvelle. C’est le rôle de GHILUMBI GHI GHUFU, le messager. GHILUMBI étant un mot qui chez les Ghisir signifie en lui même NOUVELLE DU DÉCÈS, c’est en quelques sortes la nécrologie chez les Ghisir. Mais le nom peut aussi être attribué à la personne mandatée pour annoncer le décès, à l’autre partie de la famille. D’antan, ce dernier devait se raser le crâne, de sorte que dès son arrivée la famille chez qui il allait laisser la nouvelle comprenait en le voyant qu’il ne venait pas avec une nouvelle joyeuse.

Aujourd’hui, GHILUMBI GHI GHUFU est plus souvent une délégation de deux ou trois personnes, qui accompagne GHIKAMBI, le médiateur ou encore le porte-parole de la famille, chez le père pour lui annoncer le décès, dans le cas où il la mort est survenue chez sa famille maternelle.

GHIKAMBI est l’arbitre de la circonstance, l’interface entre les 2 familles. Il annonce le décès en apportant avec lui des présents symboliques variés, GHITOGHU, KOKU, DIGHONDI (Un pagne, un coq et un régime de bananes) et un franc symbolique n’allant pas au delà de cinq milles (5000) francs CFA.

Il intervient dès le premier face-à-face entre GHITAYA et GHIFUMBA et gère les écarts de langage, les éventuels problèmes, les désaccords, les disputes et autres…

Autrefois, les familles se retrouvaient à s’affronter physiquement sous le coup de l’émotion, GHIKAMBI devait alors agir comme un policier et ramener le calme et la sérénité entre les deux tribus. C’est pour ça que son rôle ne peut être attribué à quelqu’un d’inexpérimenté.

Les pourparlers peuvent se faire à tous les niveaux de la cérémonie, dès qu’il y a mésentente ou même un message simple à faire passer, GHIKAMBI intervient.

Une fois les deux familles entendues, les litiges (si existants) résolus, on scelle MUKAMBU MFUMBI. C’est l’accord entre les deux familles, le consensuel pour que l’enterrement ait lieu. Ici encore, on échange de présents et de l’argent, puis on définit le programme de DUSAVU.

ETAPE 2 : DUSAVU

C’est la veillée mortuaire, post inhumation. Toute la nuit durant, les deux familles, GHIFUMBA NE GHITAYA, pleurent leur enfant et lui font un dernier adieu avant son départ vers l’au-delà.

PESI, le caveau, est apprêté par les frères du défunt avant même que DUSAVU ait lieu.

DUSAVU est aussi l’occasion pour GHITAYA de remettre RUTU (une torche dite indigène faite à base de résine d’okoumé) à GHIFUMBA, qui s’en servira pour le retrait de deuil.

Après DUSAVU, DUA TSIGHA GHIBINDI (on procède à l’enterrement). On réalise METAMBI ME MFUMBI, aussi appelé METAMBI ME NGILI. C’est le rituel consistant à sacrifier un coq, en guise de dernier repas partagé avec le défunt. Les plumes et duvets du coq sont répandus sur le chemin du cimetière.

Une fois arrivé GHU PESI (au cimetière ou au caveau), il est important de faire GHIBINDA, rituel consistant à ouvrir la voie vers l’au-delà au défunt. Du verbe GHU GONGULA, c’est en réalité un speech prononcé par le père du défunt sensé indiquer le chemin à l’âme du défunt. Sans ce rituel, l’inhumation peut ne pas avoir lieu. Puis on procède à l’inhumation comme tous les peuples.

Après l’enterrement, les deux familles partagent un repas. Et dans la nuit, se tient METABUGHILU ME MFUMBI, cérémonie dite de “lever de terre“. Elle a lieu la nuit après l’inhumation, après la remise de la torche à la famille maternelle.

C’est là que se tient MEYEKI NE NGINDE, le rituel du grand déballage familial sous l’arbitrage indispensable d’un GHIKAMBI assermenté et expérimenté, pour arrondir les angles. L’occasion est donnée aux veuves et à toutes les personnes ayant passé des nuits GHU PANGA (sur le lieu de deuil) de raconter NDOSI BE S’DOGHU NA BIMAGHA.  Il s’agit de transmettre les messages reçus en rêve ou en songes et de raconter les phénomènes ou constats étranges ayant eu lieu tout au long des funérailles.

Puis, on peut faire DUBONGU, la collecte des contributions surtout financières, provenant des 2 familles, dont la somme récoltée est distribuée aux belles-filles du défunt(e) pour qu’elle préparent DIBOGHA.

ETAPE 3 : DIBOGHA

C’est le retrait de deuil. Il marque officiellement, la fin ou la sortie du PANGA (veuvage). On se débarrasse définitivement de tous les signes visibles du deuil, vêtements noirs ou blancs, selon les coutumes. On peut recommencer à porter des bijoux, et MUKUILI est débarrassé de ses obligations de veuvage envers le défunt.

DIBOGHA est aussi l’occasion des grandes réconciliations familiales et de retrouvailles, post mortem. 

La tâche revient aux belles-filles d’organiser DIBOGHA. Avec le DUBONGU, elles sont chargées de ramener, au retrait de deuil, dès qu’il est programmé, des présents en nature, proportionnels à la somme perçue : moutons, chèvres, coqs, poules, canards, nattes, provisions.

GHU YABA :

  • GHUFU : la mort, le décès. Le mot est le même pour le verbe
  • GHU BOKISA: Être en deuil, avoir perdu quelqu’un.
  • GHIBINDI : Le cadavre, le mort ;
  • PESI : La tombe, Le cimetière.
  • GHIGHARA: Le cercueil ;
  • GHIFUMBA : La famille Maternelle ou encore la tribu maternelle (selon la traduction pure du terme GHIFUMBA) ;
  • GHITAYA : La famille (tribu) Paternelle ;
  • MUKUILI : Veuf(ve) ;
  • PANGA : Le lieu du veuvage, c’est l’endroit où on pleure le défunt ou la réclusion mortuaire.
  • Ne pas oublier que le “A” en fin de mot est muet, voir la leçon sur l’alphabet ICI.

Je tiens à remercier Monsieur JEAN-BERNARD KOUMBA qui m’a fourni une grande partie des informations m’ayant permis de rédiger cet article.

Je ne l’ai jamais fait avant, mais je dédie cette leçon à David Frédérick… Repose en paix grand-frère.